Sur l’étagère d’un magasin de bricolage, chaque pot de peinture porte un petit pictogramme composé d’une lettre et parfois d’un signe « + », affiché sur fond blanc. Peu d’acheteurs savent qu’il ne s’agit pas d’un argument commercial parmi d’autres, mais d’une obligation réglementaire française, au même titre que l’étiquetage d’un produit alimentaire ou d’un détergent.
Une obligation légale, pas un label volontaire
Depuis 2013, tout produit de construction ou de décoration destiné à un usage intérieur — peintures, vernis, colles, revêtements de sol ou muraux, isolants — doit afficher ses émissions en composés organiques volatils (COV) sur une échelle allant de A+ (émissions très faibles) à C (émissions élevées), en passant par A et B. L’obligation découle d’un décret pris en application de la loi Grenelle II :
« En application de la loi n° 2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national pour l’environnement, le décret n° 2011-321 du 23 mars 2011 impose, depuis le 1er septembre 2013, l’étiquetage des émissions en substances volatiles polluantes des produits de construction et de décoration (isolants, moquettes, peintures, vernis, colles, etc.) »
Cette citation est reprise de l’article consacré à la qualité de l’air intérieur, qui détaille le fonctionnement du dispositif.
Ce que la lettre mesure réellement
L’étiquette résulte d’un test en laboratoire : le produit est appliqué puis placé en chambre d’essai, et ses émissions sont mesurées au bout de vingt-huit jours — le temps que les composés les plus volatils se soient déjà en grande partie dissipés, mais que les émissions plus lentes restent détectables. Une dizaine de substances sont surveillées individuellement, dont le formaldéhyde et l’acétaldéhyde, auxquelles s’ajoute une mesure globale des COV totaux. La note finale combine ces résultats selon des seuils fixés par la réglementation.
C’est une donnée utile, mais partielle. Le test se déroule en conditions de laboratoire stabilisées, pas dans la configuration réelle d’une pièce mal ventilée un jour de forte chaleur. Il porte sur le produit tel qu’appliqué en une seule couche, sans tenir compte des mélanges — un mur repeint plusieurs fois avec des produits différents ne fait l’objet d’aucune mesure combinée. Et il ne dit rien des solvants ou additifs utilisés pendant le chantier lui-même : diluants, nettoyants d’outils, produits de préparation du support, qui peuvent émettre bien plus qu’une peinture A+ fraîchement ouverte.
Ventiler pendant et après le chantier
L’étiquette ne dispense donc jamais d’aérer. Pendant l’application, une ventilation continue — fenêtres ouvertes en vis-à-vis pour créer un courant d’air, ou a minima entrebâillées si la météo l’impose — limite la concentration des vapeurs dans l’air respiré au moment où elle est la plus élevée. Cette précaution vaut aussi bien pour une peinture A+ que pour une finition moins bien notée : la différence entre les classes porte sur la quantité émise, pas sur l’absence totale d’émission.
Après le chantier, l’aération doit se poursuivre plusieurs jours, la pièce restant idéalement inoccupée le temps que les émissions résiduelles retombent à un niveau bas. Il n’existe pas de délai universel garanti par un texte réglementaire — la baisse dépend du produit, de la ventilation effective du logement et de la température — mais un intervalle de plusieurs jours à une bonne semaine, portes et fenêtres ouvertes autant que possible, réduit nettement l’exposition avant de réinvestir la pièce au quotidien.
Le cas particulier d’une chambre d’enfant
Les organismes de santé publique recommandent une prudence renforcée pour les chambres de nourrissons et de jeunes enfants, dont le système respiratoire est plus sensible et qui passent, sommeil compris, une part disproportionnée de leur temps dans cette seule pièce. Concrètement, cela signifie privilégier systématiquement les classes A+ pour les surfaces peintes ou revêtues, allonger le délai d’aération avant d’y installer le mobilier et la literie, et éviter d’y superposer plusieurs produits fraîchement appliqués — peinture, colle de revêtement de sol, vernis d’un meuble en bois — sur une même période.
Au-delà de ces précautions de bon sens, toute question de sensibilité particulière — allergie, pathologie respiratoire préexistante, grossesse — relève d’un avis médical ou d’un professionnel de la qualité de l’air intérieur, et non d’une lecture d’étiquette. Le pictogramme A+ à C reste un repère de tri utile au moment de l’achat ; il ne remplace ni la ventilation ni, en cas de doute réel, un avis compétent.
Le même souci d’exposition et de délai se retrouve dans d’autres choix de matériaux d’un chantier, abordés du côté de la rubrique travaux et rénovation. Pour resituer ce pictogramme dans une démarche plus large de qualité de l’air chez soi, la page d’accueil de l’Agence de la transition écologique centralise les ressources publiques sur le sujet.







